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Naïve maison d'artistes

baptiste trotignon - david el-malek

Baptiste Trotignon - baptiste trotignon - david el-malek

Classique - 22/03/2005

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  1. 1.  Nir-hein 22/09/1978
  2. 2.  Bass on top
  3. 3.  In a dream
  4. 4.  Monsieur Degand
  5. 5.  Le chemin du serpent
  6. 6.  Children song
  7. 7.  Soukha
  8. 8.  Bribs
  9. 9.  334
  10. 10.  Snow

Lorsque deux musiciens de la trempe de Baptiste Trotignon et David El-Malek s’associent pour former un groupe et enregistrer dans la foulée – sans passer par la scène, ni...

Lorsque deux musiciens de la trempe de Baptiste Trotignon et David El-Malek s’associent pour former un groupe et enregistrer dans la foulée – sans passer par la scène, ni s’octroyer de répétition – un album dont le résultat brille par son intensité et impressionne par sa cohésion, on sait que l’on tient un disque qui va marquer non seulement ses auditeurs mais aussi son temps. Il est, dans le jazz comme ailleurs, des rencontres d’artistes infécondes. Où les hommes ne se comprennent pas, restent sur leur quant-à-soi ou achoppent à délimiter ce terrain d’entente qui rend les échanges possibles. Rien de tel entre Baptiste Trotignon et David El-Malek dont la réunion ne relève pas du hasard, leur musique en témoigne sur tous les plans : instantanément, elle frappe par le niveau d’inspiration, d’interactivité et d’invention que manifestent ses interprètes. Elle ne s’embarrasse pas de faux discours, elle n’a besoin d’aucun prétexte — elle s’impose par sa vivacité, par sa profondeur, dans la grande tradition du jazz qui n’a jamais eu besoin d’alibi pour se faire entendre. La force de ce quartet – qui devrait connaître une véritable histoire au travers des concerts, on le pressent – résulte naturellement de la conjonction du talent de ses membres et dans l’orientation que lui ont donnée ses deux leaders. Tous travailleurs acharnés passés maîtres dans l’art du jeu instrumental, mais tous, sans paradoxe aucun, de grands intuitifs qui laissent s’épanouir un discours qu’il porte en eux, extrêmement sensible et personnel, dont il s’efforce au fil de leurs cheminements respectifs, de dégager les contours et la riche expression. Pour qui suit de près la vie du jazz, l’association de Baptiste Trotignon et David El-Malek est une heureuse promesse, une rencontre dont on sait – pour les avoir entendus séparément et les avoir observé mûrir – qu’elle ne peut donner lieu qu’à des moments d’exception. Par-delà les talents de chacun, cependant, il fallait une compréhension mutuelle, un respect réciproque — mais pas uniquement : ce que Trotignon et El-Malek possèdent en commun, outre une proximité d’expérience due à leurs parcours parallèles, ce sont surtout des valeurs qui autorisent une parfaite connivence. Au-delà des notes, au-delà de la pratique, c’est un certain placement dans le jeu collectif, une réactivité quasi tactile, une exigence qui ne tolère pas l’hésitation et un engagement à corps perdu dans l’improvisation qui assume, en le regardant en face, le risque de l’échec. On entendra ces musiciens à plusieurs reprises dans leurs solos marcher sur le fil du rasoir, s’élancer dans le vide sans certitude de retomber sur leurs pieds. Avec une fierté qui est le propre des sidemen de valeur, leurs partenaires, Darryl Hall et Dré Pallemaerts, sont prêts à les suivre le plus loin possible dans leurs échappées belles, voire à les encourager mais, donnant, donnant, ils n’accepteraient pas de les voir trébucher. C’est que le frisson du jazz n’a de chance d’être provoqué que dans l’ivresse du risque partagé et dans le vertige qu’il fait passer entre les musiciens et l’auditeur. L’amitié entre Baptiste Trotignon (né en 1974) et David El-Malek (en 1970) remonte aux années où, l’un comme l’autre ayant fait le choix de vivre de la musique, aiguisaient leurs premières armes dans les clubs parisiens, guettant les occasions de jouer et d’aguerrir leur pratique. En 1998, alors que tous deux commençaient à se démarquer parmi la nouvelle génération des jazzmen français, David avait demandé à Baptiste de participer à son quartet le temps de quelques concerts et, à cette occasion, ils avaient perçu l’un chez l’autre un potentiel artistique qui s’est largement affirmé depuis. Par la suite, chacun avait suivi son chemin, avec une détermination similaire. Dès cette même année, Baptiste s’engageait dans un travail en trio (avec Clovis Nicolas et Tony Rabeson) qui a donné deux albums d’une impressionnante maturité – " Fluide " (2000) et " Sightseeing " (2001) chez Naïve qui ont reçu des louanges unanimes – puis dans l’expérience réflexive de l’enregistrement d’un troisième, " Solo " (2003), suivie de nombreux récitals en solitaire. Il participa, en outre, à Moutin Reunion, le groupe de frères Moutin, avec lesquels il a enregistré deux albums, et à divers projets du batteur Aldo Romano. En quelques années, les récompenses et les honneurs sont venus saluer un pianiste virtuose, qui a su imposer un talent qui ne s’est jamais démenti : Django d’or Espoir pour son premier album et prix Django-Reinhardt de l’académie du Jazz saluant le " musicien de l’année " en 2001 ; lauréat du grand prix du prestigieux Concours international Martial-Solal en 2002 ; récipiendaire d’une Victoire du jazz dans la catégorie " Révélation française de l’année " en 2003… Avec une exigence artistique comparable, David n’a eu de cesse, quant à lui, d’explorer sa voie, privilégiant le format du quartet, jouant des compositions personnelles libératrices et s’appropriant des mélodies du folklore israélien de son enfance qu’il remodèle grâce à une formidable maîtrise du saxophone. Deux albums témoignent de son avancée, " Organza " en 2001 et " Talking Cure " en 2003, salués respectivement par ses confrères Ravi Coltrane et Mark Turner — rien de moins. Parallèlement, il n’a retenu que les collaborations fidèles, apparaissant notablement dans le Blowing Trio de Laurent Coq (qui a reçu le grand prix du disque de l’académie Charles-Cros en 2002), au sein du groupe de la chanteuse Laïka et dans le quintet du pianiste Pierre de Bethmann, avec lequel il a réalisé deux albums très aboutis. En collaboration avec l’arrangeur Christophe Dal Sasso, il s’est également lancé dans l’aventure de Music from Source, une série de pièces pour orchestre symphonique et quartet de jazz, dont la première a été donnée en avril 2004 en collaboration avec l’Orchestre national de Lyon. En une petite décennie, Baptiste Trotignon et David El-Malek se sont donc affirmés comme des personnalités qui comptent et n’ont rien à envier à leurs confrères américains avec lesquels ils partagent parfois la scène. L’un comme l’autre ont fait le choix de développer leur musicalité en prenant en main leur destinée, préférant refuser les propositions plutôt que de s’engager dans des aventures dans lesquelles ils ne trouveraient pas leur compte. A nouveau réunis pendant l’été 2004 à l’occasion d’une tournée des " Friends " que le batteur André Ceccarelli avait rassemblés autour de lui, les deux hommes ont retrouvé intacte leur complicité passée et goûté immédiatement un plaisir à partager la scène. Ils ont voulu très vite prolonger l’expérience par eux-mêmes. Dans l’intervalle, l’un et l’autre avaient mesuré quel espace d’expression incomparable le jazz leur donnait la possibilité de s’approprier. Sensibles à cette transmission qui passe par l’écoute et le labeur, convaincus que la maîtrise instrumentale est la plus sûre clef pour la liberté, ils savaient que, dès les premiers instants, la musique de leur quartet se situerait au meilleur niveau d’inspiration. Pour compléter ce groupe qu’ils dirigent à parts égales, Baptiste et David sont sans mal tombés d’accord quant au choix du contrebassiste Darryl Hall et du batteur Dré Pallemaerts. Lauréat de la Thelonious-Monk Competition en 1995 (le concours de jazz le plus prestigieux aux Etats-Unis), Darryl Hall a imposé son talent en toute discrétion auprès de musiciens aussi différents que la violoniste Regina Carter, l’éternel Hank Jones ou le saxophoniste Ravi Coltrane (avec qui il a enregistré l’album " Mad 6 "). Membre du trio de Geri Allen et du Blackout du vibraphoniste Stefon Harris, entre autres, il s’est depuis un an installé à Paris où il n’a pas tardé à se faire connaître du cercle des jazzmen de la capitale tout en poursuivant une carrière internationale. Constamment précis et dynamique, jamais envahissant et pourtant toujours suggestif, naviguant avec aisance dans une musique dense tout en assurant le rôle fondamental du bassiste, il participe magnifiquement au jeu collectif. Natif d’Anvers, Dré Pallemaerts a longtemps été considéré comme le meilleur batteur de jazz de la scène belge, où son talent s’est dévoilé auprès de Philip Catherine, Toots Thielemans, Kris Defoort et Bert Joris, entre autres. Il a également conquis Bob Brookmeyer et Bill Carrothers avec chacun desquels il a enregistré un disque. Toujours actif dans son pays d’origine, il est de plus en plus présent en France depuis qu’il a succédé à Daniel Humair comme professeur au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. On l’a entendu au sein de l’Hymne au soleil des frères Belmondo, dans les trios de Franck Avitabile et Franck Amsallem, avec le groupe Fillet of Soul et un nombre considérable d’autres formations. Son jeu fait l’unanimité par sa finesse et sa polyvalence, son sens des couleurs et sa faculté d’accepter l’imprévu, sa réceptivité immédiate et sa capacité à assurer le swing tout en donnant l’impression de ne se répéter jamais. Entièrement consacré à un répertoire écrit par les deux leaders spécialement pour leur quartet, ce disque fait entendre une musique qui semble couler de source sans pour autant se rendre prédictible ; tout en sachant vers quel point elle chemine, elle s’irrigue d’autres filets, glisse naturellement quand le terrain est libre, trouve son passage entre les accidents de relief, ruisselle et cascade quand la pente s’accroît, parcourant un chemin qui semble relever de la logique et demeure pourtant imprévisible jusqu’au moment de rejoindre le flux dans lequel elle doit se perdre. Si les formes sont savantes, si les structures sous-jacentes peuvent être complexes, elles ne servent qu’à solliciter l’habileté des solistes et à stimuler leur imagination, comme si la contrainte pouvait ouvrir des espaces inexplorés à l’improvisation. Il existe peu de quartets à deux têtes, chercheuses ou pensantes. Parce que le jazz est une musique de fortes personnalités, qui ne supportent guère les compromis. Autant dire que l’association de David El-Malek et Baptiste Trotignon est une rencontre qui ne manque pas de caractères… Et dire que ce n’est qu’un début !
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